L'Atelier de Minuit

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mardi 28 février 2012

Jean à pas cher, la bonne affaire

Suite à ce billet de nos amis de G3RMS, il s'agit donc d'aller lire sur le site du Monde un article fort édifiant sur la face cachée de l'industrie textile en Chine, laquelle industrie, je me permets de vous le rappeler, vous soutenez avec acharnement compte tenu de la puissance déclinante de votre pouvoir d'achat.


Ci-dessous quelques extraits.

GP028BF

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Nous pour info, quand il nous manque une casserole, on en prend une de la teinture, on la rince bien, et on cuisine dedans les pâtes pour la famille.

Et on se porte très bien, merci. Maintenant, vous choisissez où vous achetez vos textiles, et ce que portent vos enfants.

C'est vous qui voyez.

vendredi 17 février 2012

Mon petit marché

J'ai ouvert ma boutique sur A Little Market.

J'en profite pour montrer mes deux dernières créations, des parures de livre (disons, un peu plus que des couvertures) :

parure_daims_detail2b.jpg



et :
parure_mishima3.jpg

mercredi 8 février 2012

L'ultraluxe, c'est pas pour les riches,

Maintenant que les marques de l'ex bloc soviétique du soi-disant luxe sont devenues du bling-bling fabriqué en hâte par la Chine de façon à devenir abordables pour la masse des gogos qui achètent la marque et font la fortune d'investisseurs avisés, il y a enfin de la place pour l'ULTRALUXE.

Lequel n'est finalement fait que d'honnêtes choses telles qu'on les manufacturait en Europe au siècle dernier.

D'après les définitions de cet article, il semblerait qu'avec nos objets en lin qu'il faut une semaine pour fabriquer, nous l'atelier de minuit, soyons en plein dans l'ULTRALUXE :)

C'est la meilleure...

Pourquoi nos produits ne sont pas en promotion dans la presse grand public ?

Premièrement, être là où s'étale, où s'épate le bling bling à deux balles des mammouths du CAC 40 et leurs objets industriels made in Fouettland ?

Aah, Dieu nous en préserve.
Qui nous déniche nous mérite. Tout fonctionne par le bouche à oreille, et quand nous apparaissons, c'est à la demande d'amis.

Et secondement, quand bien même suite à cela une marée humaine nous presserait de commandes à deux balles, nous n'aurions pas le temps de les traiter. Avoir une couverture de livre pour son Rimbaud en La Pleïade, ça n'intéresse pas tout le monde, et heureusement. Ce serait d'un ennui mortel, à la seconde :D

Troisièmement, nous n'avons pas envie de fabriquer de vilains objets à deux balles en série, nous préférons fabriquer quelques belles choses pour lesquelles les personnes qui ont le goût du beau sont prêtes à investir.



Et enfin, nous n'avons pas changé de vie pour retomber dans le stress

productiviste :D

vendredi 3 février 2012

Test de vision diurne

Voici une photo d'une ouvrière textile de la région d'Anhui (Est de la Chine) :

CHINA-EU-ECONOMY-EXPORTS
crédits photos AFP

Et voici une photo d'une ouvrière textile de la région de Rennes (Ouest de la France) :

mains_lydie.jpg
crédits photo Semillade (C'est mieux à deux)

Maintenant, vous décidez où vous achetez vos articles textiles. C'est vous qui choisissez avec qui vous échangerez des biens et des services, c'est vous qui choisissez les textiles qui décoreront votre intérieur et qui seront au contact de votre peau.

Bref, c'est vous qui voyez...

Parure de livre " Daims "

Pour ceux qui écrivent sur cahier moleskine, nous sommes en train de finir une parure en en coton japonais quilté, motifs brodés en fils de soie teints à la main (Victoria Clayton).

L'extérieur :

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Détail de la couverture :
parure_daims_detail2.jpg

L'intérieur :
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L'intérieur sera doublé en soie (en construction :)
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samedi 31 décembre 2011

Housse d'écran Sony Vaio

Nous avons installé une housse d'écran pour Sony Vaio.

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Elle a été faite sur mesure à partir d'un obi (ceinture de kimono).

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Le motif est un cavalier.

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mardi 6 décembre 2011

Démonstration de Broderie Traditionnelle Japonaise - dont acte

En pleine préparation des vitrines de Noël,

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nous avions installé un petit métier à broder

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avec quelques explications à l'appui

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et exposition du travail en cours

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nous avons même eu les honneurs de la presse :

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mercredi 23 novembre 2011

Un bon conseil...


thegap.png


Source: http://fashionsfromthepast.blogspot.com who got this from Diane & Me who got this from the theaudacityofcolor.com via Amy on Pinterest.

samedi 12 novembre 2011

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle...

Lydie les met dans sa marmite, et ça donne de belles couleurs :)

Sérieusement, c'est la production de plantes cueillies depuis le printemps qu'il nous a fallu pour teindre ces fils de soie. Ils sont principalement destinés à la broderie japonaise, mais on peut en faire toutes sortes de choses.

On nous en demande à l'unité et par quantité, nous sommes donc en train de réfléchir à la façon de faire des kits. Par exemple 5 bobines de couleurs coordonnées...
A l'unité, cela restera possible sans doute, mais cela fait beaucoup d'emballage et d'expédition pour une petite chose...

Fils de soie teinture végétale

Dictionnaire du Tissu

Pour celles et ceux que le monde du textile intéresse, nous signalons cet ouvrage hélas difficile à trouver, mais truffé d'informations enrichissantes, autant que de digressions passionnantes.

Voici la couverture :

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Et voici une image qui nous plaît particulièrement :

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D'abord bien sûr parce qu'il s'agit de textile ancien (précolombien en l'occurrence), mais aussi parce qu'elle associe plusieurs techniques, et puis pour ces deux zones, l'une resserrée, et l'autre lâche et aérée.

Nous y voyons comme une image de la vie, la vie de chacun et de nos communautés (certains y voient même un bateau avec ses voiles, en train d'appareiller.). Il y a des plages denses, des temps de recueillement, des endroits peuplés, des moments où la vie ne tient qu'à un fil.

Les Moires étaient filles de la Nécessité, et cela nous rappelle combien l'histoire du textile est proche de celle de l'humanité.

mardi 8 novembre 2011

Automne, saison des sauvegardes

En réponse au billet d'AnnyMay sur la sauvegarde des favoris Internet, voici la manip correspondante sous Chrome :

Tout d'abord, vous cliquez sur la petite clé à droite en haut, à côté des adresses web.

favoris_chrome1.jpg

Ensuite vous allez dans le menu Gestionnaire de favoris, et vous cliquez sur Organiser, vous trouverez la commande d'exportation des favoris tout en bas.

favoris_chrome2.jpg

jeudi 6 octobre 2011

Démonstration de Broderie Traditionnelle Japonaise

Pour celles et ceux que cela intéresse de voir et toucher des ouvrages de Broderie Traditionnelle Japonaise, Mme Coin nous fait le plaisir d'accueillir Lydie à sa boutique Histoire de Femmes à Nogent-le-Roi le samedi 3 décembre 2011 pour une matinée consacrée à cet art textile parfois appelé " La voie de l'aiguille " au Japon..

Vitrine Histoires de Femmes

Vous pourrez y voir le N° 2 qui est en vitrine actuellement (ci-dessous),


Nuido N° 2

ainsi que le N°4 sur lequel Lydie travaille.

Renseignements et horaires au 02 37 51 30 26

vendredi 23 septembre 2011

Tout à la main, ou presque.

En effet, il nous faut avouer que nous ne faisons pas tout à la main : nous avons remis en route une Singer à pédale.

Machine Singer à pédale

Et après un premier test sur du coton :

détail du coton singer

Lydie s'est lancée dans la soie, pour faire la doublure du sac IMH (In Memoriam Hanako)

Le sac IMH en préparation

Ca bouge dans la cabane...

Traduit en vieux français, ça donne : " Une rentrée riche en événements ".

Et en effet :

La version 1 du site web est finie.

Nous avons ouvert la boutique Etsy

et la page Facebook !

vendredi 9 septembre 2011

Nouvelles de la broderie...

...de par le monde :

Une interview de Chromium Dumb Belle par Vice.

Un bouquin sur la broderie marocaine

mercredi 13 juillet 2011

Un nouveau point de vente pour nos habillages

Nos accessoires d'inspiration japonaise, notamment des foulards en soie :

Foulard de soie japonaise

sont désormais en vente au magasin Histoires de Femmes, à Nogent le Roi.
Allez voir Madame Coin de notre part :

lundi 13 juin 2011

Conférence Japon du 31 mai 2011

Nous avons organisé le 31 mai 2011 une conférence sur la peinture et les arts textiles au Japon. En voici quelques photos.

Ci-dessous une estampe destinée à réaliser des motfs sur des costumes de Kyogen :

Estampe pour costume de Kyogen

Ci-dessous un châle de moine en soie, avec son assemblage codifié des pièces :

Châle de moine rose et gris

Ci-dessous un ensemble de kimonos courts ou longs, dont un avec des motifs en ikat :

Kimonos longs et courts

Ci-dessous une écharpe construite à partir de morceaux de soie :

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Ci-desous la partie extérieure d'un kimono de jeune fille, avec des feuilles imitant une broderie en Nuido :

Partie d'un kimono de jeune fille

Ci-dessous un ensemble de trois pièces de Tsume Tsuzure (tissage aux ongles), destinées à décorer un autel :

Tsume Tsuzure pour autel

Ci-dessous une ancienne couverture faite de morceaux de tissu assemblés :

Boro

Un autre châle de moine :

Châle de moine violet

Commentaires sur un modèle encre sur papier pour autel :

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Un stencil ancien qui servait à teindre des motifs sur tissu :

Stencil

samedi 21 mai 2011

Bonne nouvelle

Les deux meilleures ventes de la collection Pour les Nuls sont l'Histoire et la Culture (ils préparent une édition Beaux-Arts).

mercredi 18 mai 2011

Lien entre le tissu et l'art social, ou l'inverse

Bonne nouvelle que celle que nous avons dégottée lors de cette interview d'Olivier Tcherniak, président de l'Admical à propos d'une série sur le financement de l'art, proposée par France Culture.

Il y dit, entre autres choses de bon sens : " ... Même si certains pensent, et en particulier d'ailleurs dans le milieu social, certains dirigeants de grandes ONG comme le Secours Populaire ou d'autres, que le culturel est quand même l'aboutissement de tout ça, et que la vraie solidarité, c'est quand même la culture, parce que c'est ça qui permet de vivre ensemble, c'est ça qui permet de comprendre le monde autour de soi, et de pouvoir partager quelque chose".

On se sent moins seuls.

dimanche 8 mai 2011

Anti DEC (manifeste)

Afin de ne pas alourdir le site de l'atelier avec des choses trop pamphlétaires, je préfère enfouir ici ce manifeste où des liens viendront pointer.

L'art conceptuel, c'est chiant, l'art numérique, c'est bête, et la plupart de ces productions sont laides et/ou sales,
C'est par ce jugement sans appel que s'ouvre le Codex Confucianus, rédigé en 1035 par un moine slovaque, ami de Charles le Chauve, à qui il louait un box près de Parly II.

Sans aller jusqu'à adhérer béatement à ce jugement à l'emporte-pièce, on peut ne pas lui tirer la langue.

Le point de départ de la présente digression a été de constater que les pratiques culturelles que nous défendons sont essentiellement portées par des objets. En dehors du fait que l'objet est unique, que l'objet vit par celui qui l'a fait, et jusqu'à celui qui le porte ou l'utilise, nous avions à traiter avec le fait que la plupart des objets qui nous occupent sont plutôt classés dans les ouvrages de dame que dans les oeuvres d'art.

Certes, quelques aigris pourraient nous reprocher que ce n'est pas au converti à porter la bannière, et ils n'auraient pas tout à fait tort : ce n'est que récemment que nous avons mis les mains dans la glaise.

Pourtant Dieu m'est témoin que, même si dans notre formation, notamment celle de la chef de service, qui commit tout de même une thèse sur Richard Long, la place fut laissée à une certaine approche intellectuelle de l'art, nous avons toujours gratouillé ici ou là.

Si tant est donc que nous ayons un compte à régler, on peut poser que la différence entre les objets qui sont aujourd'hui dans dans notre périmètre d'intérêt, et celles qui nous passent largement au dessus est, entre autres, que de celles-ci, on peut dire que tout le monde peut avoir l’idée de les faire, alors que de celles-là, on peut dire que personne ou presque ne les sait faire.

Tout le monde peut avoir l’idée de tirer à balles réelles dans de la tôle, et si on n’a pas la chance ou la volonté d’aller au bout de l’idée, cela ne fait pas, effectivement, une oeuvre. Si on a cette chance, on peut indéfiniment gloser sur la chose, cela n’abolira pas Duchamp, ça peut remplir une brève dans BAM et nourrir son homme le temps que dure le cabinet d’un ministre.

Mais devant un métier qu’il faut ourdir, une broderie de Nuido ou un violon, on peut toujours s’attabler avec de grandes idées perverses, il n’en sortira rien qui n’ait été créé par une personne ayant suivi pendant de longues années avec patience l’enseignement d’un maître héritier d’un d’une tradition séculaire avant de rester soi-même penché de longues heures sur le métier à exercer ses mains.

Ces millénaires de tradition, des dizaines d’années de travail, voilà l’authenticité sur laquelle se fondent ces humbles objets que sont des pièces de broderie, de dentelle ou de tissu. Aucune machine, aucun ordinateur, aucun raccourci, aucune procédure express de substitution ne remplacera ces années d’expérience.

Ni les prétendus raccourcis temporels de la production industrielle, puis informatisée, pas plus qu’un ignare, ne peuvent remplacer la brodeuse qui a mis des années à acquérir l’expérience et le savoir-faire lui permettant de prolonger une tradition milllénaire. En revanche, on peut lui voler le nom de ses productions, et c’est ce que l’industrie et le commerce ne se sont pas privés de faire.

Face à l’authenticité, face à du fil, un métier et des aiguilles, aucune imposture n’est possible. Pour rendre cette imposture possible, il fallait organiser deux spectacles. Le premier est le spectacle destiné à occuper le consommateur pendant qu’on lui volait sa civilisation.

Dans ce texte (lien à venir) nous montrerons comment l’industrie alimentaire et l’industrie du luxe ont pillé le savoir faire de nos pays pour en extraire les valeurs longuement acquises et mettre nos artisans en faillite en absorbant cette valeur pour la détourner vers les tables de jeu de ces casinos qu’on appelle le marché et les bourses ..

Après avoir volé l’aspect économique de l’artisanat, il fallait également voler son aspect esthétique. Il fallait donc organiser un second spectacle, destiné à faire fuir l’art de l’objet. Les artistes ont couru à ce précipice comme les chevaux de la roche de Solutré : la posture moderne, c’est de faire de sa vie un art, en abandonnant l’objet produit au marché du Tupperware.

Peu importe l’objet que je produis, oeuvre d’art ou pas, il l’est déjà par le sacre de Duchamp, comme le montre très bien Nicolas Bouriaud, l’art moderne se construit sur une dissolution de son objet, il ne se légitime plus que s’il travaille à la destruction, à l’extinction de l’objet. Et comme l'a dit je ne sais plus qui, l'art contemporain n'a plus d'autre recette marketing pour se faire vendre que l'effronterie, le scandale, les habits neufs du Renouveau.

C’est la démarche (Dada) ou le contenu (Klein) de ma vie qui sacralise l’objet produit. Toutes les postures sont nulles et non avenues par avance, tout est désacralisé d’avance. tout objet vaut tout objet.

L’art est dans le mouvement, dans l’instant, dans le “ faire”, dans l’état d’esprit de celui qui fait, et non plus dans ce qui est fait, qui disparaît rapidement.

De l’autre côté, les céramistes, les verriers, les artisans ont les mains qui les démangent, ils travaillent la matière, alignent les modèles, font des ronds bleus, des carrés rouges, des oeufs roses dans une belle maîtrise technique, on fait des bulles qu’on ne savait pas faire.

Mais encore faut-il que cette maîtrise soit perceptible. A côté de l’objet industriel, pas facile de rivaliser, surtout quand le spectateur est inculte. Et ce sera là le troisième volet de l’entreprise de pillage de la civilisation, que de scier le pilier du savoir, qui relie le savoir-faire au reste de la culture. Certes il y a du savoir-faire dans la découpe d’un bidon d’aluminium. Mais l’objet est laid et sale.

Car si l’art s’est détourné de l’objet, c’est parce que l’objet est devenu honteux. L’art a désinvesti cet objet que l’industrie copie. Elle en fabrique une réplique bon marché, que des ignares incapables de percevoir la différence préféreront acheter : il faut à l’industrie de masse une consommation de masse, et il faut à la consommation de masse une masse d’ignares que les media achèvent de décérébrer, Voyer l’a bien montré.

L’art, voyant venir la photographie, l’impression, toutes ces techniques de reproduction avec lesquelles l’industrie allait envahir la maison où l’on peaufinait les objets, l’art s’est empressé de déménager. Il a quitté la maison, mais non sans emporter l’essentiel. Fuyant devant l’ennemi dès la fin du XIX ème, l’art a bien perçu que l’industrie allait envahir l’objet pour lui voler sa valeur, pour pouvoir en vendre des contrefaçons au prix de l’original, pour voler aux artisans le savoir faire qu’ils avaient mis tant de temps à instiller dans l’objet.

C'est en partie pour cela que nous ne pouvons plus supporter de l'objet que sa version sabi (1)

Il y avait donc pour les artistes urgence à annuler l’objet, le désinvestir, le vider, et puis faire sauter le bâtiment une fois vide. Duchamp et Warhol, c’est ça : se dépêcher de copier soi-même, à s’approprier cet acte, à brûler sa terre, avant que le photocopieur ne se mette à reproduire les images en série, avant que l’ennemi arrive.

Bientôt, demain, les moteurs 3D des jeux créeront des univers plus beaux que ce que peuvent faire, de loin et pour des yeux incultes, les artisans, en matière de jardins, de fontaines, de carrelages, de draperies, de motifs. D’ailleurs, les artisans qui auraient pu soutenir la comparaison auront disparu entre temps.

Et ceux qui penseront même à une comparaison n’auront plus la possibilité de comparer dans le paysage mental, ils n’auront plus le choix, ils ignoreront jusqu’à la misère dans laquelle ils vivent.

Face à une brodeuse qui met en oeuvre ses années de travail, après le long apprentissage, face à ces siècles de tradition accumulée, là, sur la table en bois, nulle imposture n’est possible,.aucune machine, aucune femme sans expérience ne pourra fournir un objet équivalent.

Mais pour que la brodeuse gagne, il faut que le duel ait lieu, il faut que quelqu’un ait encore les moyens et la volonté de l’organiser, il faut que le public plébiscite l’objet vrai, le préfère aux saletés fabriquées par la machine, investisse du temps pour aller l’admirer, et de l’argent pour l’acheter..

Le vrai problème est là : ce que ce système nous vole, ce dont ce système nous prive c’est du choix, de la liberté de pouvoir comparer. Avez-vous aujourd’hui la liberté de vous dire : Avant d’acheter ce jambon, jaimerais pouvoir le comparer à un produit digne de ce nom, pour savoir si on ne me vole pas purement et simplement ? Eh bien non, cette liberté, vous ne l’avez plus, simplement parce que le choix de comparer avec un vrai produit, vous ne l’avez plus, parce que les artisans qui fabriquaient du vrai jambon, on les a ruinés, pour que votre choix ne s’effectue plus qu’entre eux saletés industrielles équivalentes.

Eh bien la culture, c’est le même combat. On a saigné notre civilisation des savoir-faires possédés par les artisans, pour que vous ne puissiez plus vous rendre compte du degré d’abjection des marchandises qu’on vous fait acheter, parce que vous avez perdu la culture qui vous aurait permis de faire la différence, vous avez perdu jusqu’aux moyens de comparer, jusqu’à la faculté de voir à quel point le bon marché fabriqué par les machines vous a ruiné. On vous a volé votre savoir-faire, vos vêtements, on vous a fourgué pour une fortune des articles qui mettaient vos voisins sur la paille, et vous avez plongé des deux mains, des deux pieds. Il serait temps de se réveiller, non ?

Aidez-vous, aidons-nous.

Oui, nous pouvons nous enhardir à ce genre de propos parce que, alors que la brouille entre le public et l'art moderne s'est consommée dans le long divorce d'un festin au goût absurde et qui s'étale encore comme une omelette d'art contemporain jusqu'à nos jours, et même en admettant n'ayions pas totalement essuyé le sang baudelairien que laissa sur nos mains la clé de Barbe-Bleue, donc, on peut entendre d'autres voix s'élever pour dire que le roi est nu, et même intra muros.

Oui, nous allons oser, puisque dans ces cas là on doit assumer une période de ringardise, s'il en faut pour commencer eh bien nous serons ceux-là, nous remettre à parler du beau.

Que l'art contemporain ait besoin de faire redescendre l'ascenseur tout en bas après les hauteurs conceptuelles idiotes de l'art moderne, c'est très bien, mais on ne pourra longtemps se satisfaire de vers de terre et d'intestins géants sous des coupoles de verre, et autres aspersions de sang à ciel ouvert.

Certes nous comprenons que comme les films d'horreur ont besoin d'aliens baveux, le marketing doive en appeler aux pulsions interoceptives, puis proprioceptives, mais encore une fois, nous nous sentons de moins en moins seuls pour tenter de faire basculer le bazar par dessus bord.

Il ne s'agit pas que de suivre Domecq ou Dagen, il s'agit de ne plus avoir peur de ne pas hurler avec les loups, il s'agit de découvrir d'autres cieux, de sortir de l'impasse :

"L'esprit de pauvreté, tel quil se révèle dans le domaine de la beauté, est ce que nous appelons shibusa : c'est l'humilité qu'on peut décrire comme atténuée, austère et réservée, c'est la pauvreté claire, simple et sereine. Les anciens maîtres du Thé trouvaient la beauté la plus vraie dans les objets d'art populaire, parce que ceux-ci, simples et sans prétention, partageaient automatiquement les vertus de pauvreté.

"Shibusa" exprime la beauté de la pauvreté : les objets qui en sont dépourvus ne peuvent être de bons bols à Thé. La beauté la plus profonde suggère plutôt qu'elle n'explique, une potentialité infinie. Quand le goût acquiert la maturité, il préfère la simplicité des objets monochromes et calmes. D'aucuns diront que c'est là un goût de vieillard, et en un sens, c'est vrai, car l'affinité avec le beau profond n'est pas l'apanage des jeunes."

Soetsu Yanagi Artisan et Inconnu

Quant au titre Anti DEC, c'est parce qu'il y a des choses qui vont bien avec la Défense de l'Environnement Culturel, elles sont seyantes.
Et d'autres qui ne siéent point, n'est-ce pas.
Faire exécuter par une machine des tâches dont il résulte quelque chose de laid, sale et bête, c'est une faute de goût. Persévérer dans cette voie, alors que la même manoeuvre jette à la rue les êtres humains qui de cette activité avaient fait un art, c'est un crime contre l'humain. Ne pas le reconnaître, c'est pécher contre l'Esprit, et cela, c'est bien plus regrettable. Le cautionner pour tirer son épingle du jeu, au détriment de la société, cela pourrait finir par relever de la Loi.

Après un siècle de déïfication du moi, et ses laborieuses tentatlves pour le justifier sur le plan esthétique, une petite pichenette du côté de la réïfication ne nous paraît pas relever du luxe.
Livrer à ses pairs, ses contemporains et ses successeurs un objet qui fut difficile à réaliser, qui fut créé dans la concentration, et pourquoi pas le recueillement, absolument dans le respect de la planète, et, ne boudons pas notre plaisir, que le cartel en soit accessible avec un niveau moyen de culture générale (mettons bac+12), nous osons ne pas détester.

(1) voir la section références / wabi/sabi ici même, ou sur le blog G3RMS

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